Critiques de Gainsbourg de Sfar

Le Lundi 22 mars, 2010. Pas de commentaires

Voici deux critiques très opposées du Gainsbourg (vie héroïque) de Sfar proposées par Laureline et Laura, élèves de 1L1

Affiche du film

Gainsbourg, L’insoumis

Dans Gainsbourg (vie héroïque) , le dessinateur et scénariste de la bande dessinée Le Chat du Rabbin , s’intéresse à la vie de l’artiste. Du petit enfant juif naïf passionné de peinture au personnage mythique qu’il est devenu, en passant par ses nombreux amours passionnels, toute la grandeur de cet homme nous est contée. Bien que certains moments de son existence soient passés sous silence, l’essentiel y est et Joann Sfar est fier de le revendiquer.
« Je ne fais pas une biographie romancée classique style La Vie en rose [...] J’apporte mon univers de BD dans le film [...] pour illustrer ma vision personnelle des fantasmes de Gainsbourg » déclare le réalisateur ; et pour un premier film, nous pouvons dire qu’il s’en est bien sorti. Le long métrage contente à la fois les fans et les curieux, le caractère du héros étant fortement souligné tout comme son rapport aux femmes, nous pouvons facilement cerner l’homme qu’il était.

Joann Sfar nous emporte dès les premières minutes dans son univers alliant le dessin à l’image avec le double animé de Gainsbourg qui le suit tout au long de l’histoire pour finalement devenir Gainsbarre. La part de conte et d’imaginaire du film transparaît aussi avec le chat doué de parole qui accueille Gainsbourg dans l’appartement de Juliette Gréco, le jeu des ombres qui deviennent alors presque des personnages et, dans une autre séquence, les frères Jacques que Boris Vian associe aux nains de Blanche Neige. Le public ne s’en plaint pas, et même, il apprécie. Tout comme le héros, pendant deux heures nous vivons auprès des plus belles femmes, nous sommes baladés par l’une, puis par l’autre au rythme des saisons, en admiration devant la sulfureuse Brigitte Bardot, puis émus par le regard de Jane Birkin en gros plan et notre parcours s’achève dans les bras chaleureux de Bambou. Le réalisateur magnifie parfaitement ces femmes, mettant en évidence leur féminité grâce à la proximité de la caméra, ce qui est loin de déplaire.
Sfar caractérise déjà fortement Serge Gainsbourg alors qu’il se nomme encore Lucien Ginsburg, avec sa cigarette à la bouche, ses dessins de femmes dénudées et son insolence manifestée par des répliques bien trempées, ainsi qu’une langue un peu trop pendue lorsqu’il s’agit d’imposer ses idées aux adultes. En grandissant, le charisme du héros ne cesse de croître et son esprit provocateur est de plus en plus prononcé ; il est aimé, il le sait et s’en amuse. L’arrogance dont il fait preuve en lançant de manière tranchante « à quoi sert d’être malade si y a personne pour me plaindre ?! » résume à la perfection le portrait que Sfar fait du musicien. Il provoque en public, recherchant les limites, assumant pleinement le bras d’honneur qu’il affiche après avoir interprété la Marseillaise sur un air de reggae. Le parallèle que le réalisateur établit entre les couleurs chaudes et les passions inspiratrices du chanteur se dégrade petit à petit jusqu’à atteindre les couleurs froides dans les moments les plus sombres, au fil du temps qui passe.
Cette oeuvre, bien que définie comme non-biopic, reste assez fidèle au personnage pour que l’on s’y attache. Joann Sfar à réussi son pari en mélangeant les genres, le dessin, le cinéma, la biographie filmée ainsi que la fiction ; nous sommes transportés dans un monde à la fois réel et fantastique aux côtés d’un personnage hors du commun.

Gainsbourg (une vie héroïque)

Pour aborder la figure mythique de Gainsbourg sur la pellicule, le réalisateur, Joann Sfar adopte plutôt le genre  du croquis et du conte. Le dessinateur et scénariste du Chat du Rabbin retrace le parcours de l’homme, de son enfance fanfaronne jusqu’à la Jamaïque sans oublier ses « conquêtes amoureuses ». Rien de bien héroïque.

Tout commence dans l’appartement des parents du petit Lucien Ginsburg où celui-ci apprend la musique alors que son cœur balancerait plutôt sérieusement vers la peinture. Joann Sfar nous expose l’ascension de ce gamin juif, maîtrisant déjà l’art du langage face à des gendarmes distribuant l’étoile juive. La poésie et la force de ce grand enfant se déploient à l’âge adulte sous les robes provocatrices et dans les cendres d’une cigarette qui étouffe l’image. Tout ça pour finalement laisser place à une Gueule, incarnation du Gainsbarre qui fera les choux gras de la presse.

Mais où est donc passé la sensibilité et fragilité de cet homme hors du commun et imprévisible ? Pas dans la réalisation! Essayant d’atteindre un style original, la mise en scène est d’autant plus redondante! En effet, le réalisateur a voulu calquer de façon primaire le cycle ennuyeux des saisons à la vie intemporelle de Gainsbourg. Un plan dans un bois aux couleurs orangé-marron rappelle l’automne et le lyrisme d’un amour pur de l’enfance. Plus tard, une scène dans un orphelinat au mur jaune-soleil semble être une révélation, pur moment de bonheur du printemps. L’été succédant machinalement à cette saison, la fatale Juliette Gréco, interprétée par Anna Mouglalis, est vêtue d’une robe noire, mise en contraste avec le rouge passionné du canapé. Ensuite vient l’hiver, remarquable par le noir bleutée d’un vieux bar où la rencontre entre Boris Vian et Gainsbourg s’est faite. Cette scène ne sert qu’à combler les trous de ce film bâclé dans son fond. Elle amène une nouvelle fois « un bout de refrain » au « fiasco musical » qu’est le film : des « nains de Blanche Neige » interprètent vulgairement Le poinçonneur des Lilas ; un Philippe Katherine menant la danse en Boris Vian plutôt léger ; la chanson ayant perdu tout son sens participe au côté caricatural du film. Le compte est bon, les chansons de Gainsbourg sont transformées en comédie musicale à l’américaine. Elles s’accumulent sur la bande sonore, se vidant de toute leur poésie, pour laisser finalement une sensation de quantité plus que de qualité.

Alors Sfar, adepte du crayon, trace un univers se noyant dans les couleurs, lumières et gros plans de canons de beautés. Le réalisateur veut faire rêver l’Homme en abordant le conte avec une sensualité féminine DEBORDANTE. Sous nos yeux, défilent telles des poupées retouchées, femmes superficielles plutôt que mythe de la féminité.

Le réalisateur semble pourtant avoir fait une sélection dans le parcours de Gainsbourg et y a pioché sans vergogne ce qui l’intéressait. Ainsi, il n’apporte pas beaucoup d’importance à la première femme de Gainsbourg qui n’apparaît pas assez comparativement à Bardot. Elle est présentée comme une maîtresse, sorte de détonateur de la « bombe de sexe » qu’était cet homme. Il clôture le film dans le même état d’esprit avec Bambou, jouée par Mylène Jampanoï, qui fait une très courte apparition : Il ne semble pas avoir eu d’évolution dans le personnage de Gainsbourg en ce qui concerne les femmes !

D’ailleurs il ne semble pas avoir eu d’évolution pour aucun des personnages. Sûrement était-ce parce qu’aucun des acteurs ne s’est vraiment imprégné de son rôle. Sans doute ont-ils bien mimé le timbre de la voix enfumée, la cigarette à la main, le rire bêta de Bardot ou l’accent britannique de Birkin. Sans doute avaient-ils un physique rappelant ces icônes de la musique et du cinéma mais où est l’âme de l’artiste? Il n’y a pas eu cette réincarnation mais plutôt un tableau malsain de vedettes de la presse.

Le réalisateur veut faire rêver lHomme. Le faire rêver en s’appuyant sur l’esthétique du conte. C’est ainsi qu’il additionne l’apparition d’un être fantastique : la Gueule de Gainsbourg. L’empreinte du dessinateur a lourdement taché la pellicule en négligeant souvent la poésie de Gainsbourg. Cette envahissante Gueule expose le sensible Lucien Ginsbourg en provocateur des médias : Gainsbarre.

Gainsbourg (une vie héroïque) devait bouleverser le cinéma français en abordant le genre du biopic. En effet, le film répète sans cesse les mêmes effets de mise en scène sans laisser percevoir une seule fois les messages véhiculés par le personnage de Gainsbourg. On se retrouve alors dans une salle d’hôpital aux murs gris  rappelant la fumée de la Gitane, les cheveux gris et l’humour noir d’une Marseillaise version reggae : Un Gainsbourg décrépi par les médias. L’objet à scandale et les idées reçues : voilà le film. Rien de bien nouveau.

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